Comment se porte le cinéma allemand ? Très bien, merci pour lui. La preuve de nouveau avec La vie des autres, splendide drame revenant sur un épisode sombre de la guerre froide : la traque par le gouvernement de l’Allemagne de l’Est, des opposants au régime et de tous ceux ayant une opinion différente de la pensée commune. S’attachant à décrire le quotidien d’un d’espion, un homme froid et solitaire qui va se passionner et vivre par procuration la vie d’un couple qu’il doit surveiller, le réalisateur, au moyen d’une mise en scène précise, retranscrit avec brio l’image d’une Allemagne enfermée sur elle-même, regardant le monde changer alors qu’elle reste désespérément la même, jusqu’au jour où... Jamais pessimiste car véhiculant un message profondément humaniste, La vie des autres passionne et instruit grâce à son parfait équilibre entre histoire d’amour, film historique, suspense et étude des méthodes d’un régime autoritaire.|
Mon voisin l'espion |
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Pour évoquer l’apparition du Sida en France dans les années 80, André Téchiné aurait pu céder au ton alarmiste, moraliste, faire de Les témoins une œuvre sombre, tragique et désespérée. Surtout que plus de vingt ans après son apparition, le fléau est toujours bien présent et continue son incessante hécatombe. Mais à l’obscurité Téchiné choisit la lumière, plutôt que de parler de mort, il préfère au contraire évoquer la vie. La vie de cette bande d’amis, insouciante, pleine de vitalité, sexuellement libérée, qui lorsque qu’elle est confrontée à la maladie de l’un d’entres eux (Johan Libéreau tout simplement juste), s’en retrouve forcément bouleversée, transformée, brisée pour au bout du compte peu à peu se reconstruire et arriver de nouveau à exister. Car à quoi sert la mort si ce n’est à donner de la valeur à l’existence de ceux qui restent. On croyait en ressortir abattu et désabusé, on en ressort avec l’envie de profiter au maximum du temps qui nous reste. |
A mort la mort! |
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Se revendiquer comme l’héritier de Charlie Chaplin, Buster Keaton et Jacques Tati c’est bien, en avoir le talent c’est mieux. Car Rowan Atkinson a beau s’inspirer de The Kid et Les vacances de Mr. Hulot pour les nouvelles péripéties de son personnage culte Mr. Bean débarquant cette fois-ci en France, il n’en retrouve jamais la poésie, la tendresse et bien plus important : l’humour. Entre deux gags recyclés de la série télé qui ont fait sa gloire et malgré un retour clairvoyant à la pantomime pure, les gaffes et autres maladresses de Mr. Bean, apparaissent au bout du compte comme répétitives et mollassonnes. Tout juste on sourit au tournage d’un film sur la seconde guerre mondiale dans lequel notre confrère anglais est engagé (par erreur) comme figurant, mais le rire lui est aux abonnés absents (sûrement resté en Angleterre). Excepté un final désopilant au festival de Cannes et une Emma de Caunes toute mignonette, ces vacances ne sont pas une destination de choix.
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Abus de fayot |
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Plutôt que de réaliser un biopic fidèle et classique pour évoquer les dernières heures du sénateur Robert F. Kennedy, assassiné le 5 juin 1968, Emilio Estevez préfère s’intéresser aux anonymes. En l’occurrence ceux de l’hôtel Ambassador, lieu du drame où quelques heures avant, se côtoient les partisans venu saluer le candidat à la présidence des USA, les clients de l’hôtel, les employés immigrés… Soit une vingtaine de personnages tous interprétés par un impressionnant casting de vedettes hollywoodiennes composé d’acteurs prestigieux, de jeunes talents ou d’anciennes stars déchues qui donnent vie à ce microcosme, reflet de l’Amérique des années 60 et de celle d’aujourd’hui, dont le réalisateur capte avec tact, les mêmes rêves, les mêmes espoirs et les mêmes frustrations (guerre du Viêtnam/guerre d’Irak, racisme, pauvreté)… Avec Bobby, Emilio Estevez passe avec succès derrière la caméra et livre un très beau film choral, démontrant qu’il est temps pour son pays d’adopter une autre politique au risque que les mêmes erreurs ne se répètent continuellement.
Il est évident que le dernier bébé de William Friedkin ne va pas plaire à tout le monde et c’est tant mieux ! Adaptation d’une pièce underground, Bug est un huit-clos minimaliste (1 décor, 5 personnages) mettant en scène deux êtres, deux loosers brisés par la vie qui vont s’unir à travers la paranoïa pour aller jusqu’à l’autodestruction. Un postulat de départ pas franchement attractif pour le spectateur lambda qui, s’il veut apprécier toute la richesse du film, se voit dans l’obligation d’accepter sans conditions les partis pris artistiques déstabilisants de l’œuvre, caractérisée par son absence totale d’explication. Car la vraie force du film est de maintenir le doute chez le spectateur, quant à la folie de ses protagonistes, sans jamais donner la moindre réponse réconfortante et cela même après le dernier plan. Certains crieront à la fumisterie mais ce serait trop vite juger ce thriller atypique, un peu long à entrer dans le vif du sujet et pas aussi angoissant qu’on l’aurait espéré, mais parsemé de soudains moments de brutalité et allant crescendo dans la claustrophobie. A voir une seconde fois.
Joel Schumacher est un réalisateur inégal, capable quelques fois du meilleur (Tideland, Chute libre, Phone Game) mais surtout du pire (Batman & Robin, Bad Company, Personne n’est parfait(e)), et son dernier film se situe une fois de plus dans la seconde catégorie. Pourtant il y avait matière à livrer un excellent thriller fantastique avec cette histoire de malédiction autour du nombre 23. Au lieu de jouer la carte de l’ambivalence (le héros perd t-il la boule ou est-il victime d’une malédiction ?) le script choisit très vite sa voie, abandonnant sur le bas côté son potentiel mystique. Reste alors un banal thriller, bien que complexe parfaitement invraisemblable et ridicule, à la fin moralisatrice et nous réservant tout un lot de retournement de situations déjà vu mille fois ces dernières années (merci Fenêtre Secrète, Fight Club et consort). Jim Carrey a l’air d’y croire à fond, tant mieux pour lui car difficile pour nous d’avaler cette baudruche se dégonflant dès le premier quart d’heure, mais qui demeure néanmoins un excellent exercice de calcul mental. C’est déjà ça !
Harold, agent du fisc, vit une existence morne et solitaire dans un appartement qu’on croirait sorti du catalogue d’un magasin pour meubles. Sa seule distraction est d’écouter le bruit des dossiers qu’il range. Alors quand il se met à entendre une voix qui narre le moindre de ses gestes, Harold croit devenir fou. En fait il découvre qu’il est le personnage principal vivant du dernier livre d’une romancière qui a la fâcheuse habitude de zigouiller ses héros. Une découverte qui va le pousser à vivre pleinement les derniers instants de sa vie. Réalisé par l’éclectique Marc Foster, L’incroyable… est une comédie réjouissante au scénario original, réflexion sur le travail d’écrivain et ode à l’accomplissement personnel dont le message pourrait se résumer simplement par « Carpe Diem ». Emporté par un Will Ferrell (plus habitué aux comédies grasses et lourdingues) étonnant de sobriété et une Maggie Gyllenhaal craquante, le film fait partie des meilleures comédies qui émeuvent tout en faisant rire.
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