Samedi 25 novembre 2006
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Crée par Alan Ball
Réalisateurs : Alan Ball, Rodrigo Garcia, Michael Cuesta, Alan Taylor, Miguel Arteta Kathy Bates…
USA (2001 – 2005)
Drame, Fantastique, Comédie… (63 épisodes - Format 42mn)
Avec: Peter Krause, Michael C. Hall, Frances Conroy, Lauren Ambrose, Freddy Rodriguez, Matthew St Patrick, Rachel Griffiths, Jeremy Sisto…
Résumé: La vieille de Thanksgiving, Nathaniel Fisher, directeur d’une société familiale de pompes funèbres, meurt d’un accident de voiture. Sa mort va bouleverser la vie de toute sa famille. A commencer par ses deux fils : Nate qui a fuit le domicile familial pour échapper à la profession de croque-mort, David qui dissimule son homosexualité. Sa femme, Ruth qui entretenait une relation amoureuse avec son coiffeur et sa fille Claire, jeune adolescente rebelle…
Difficile de se rappeler après avoir vu Six Feet Under, les séries qui ont marquées notre esprit à ce point. Pourtant c’est facile : aucune ! Oui aucune série n’avait à ce point permis une implication émotionnelle aussi forte chez le spectateur. Et ce malgré la profusion de séries T.V, de très grande qualité, que nous voyons débarquées sur nos écrans depuis environs 6 ans (un véritable âge d’or). Six Feet Under est LA plus grande série de tous les temps et sûrement pour très longtemps. Ce qui fait de la série un chef-d’oeuvre télévisuel mais également un chef-d’œuvre tout court.
Crée par Alan Ball, le scénariste de l’excellent American Beauty, la série met en scène un décor pour le moins original, celui des pompes funèbres. Loin de coller à l’image que l’on peut se faire de la profession, qui n’avait jamais vraiment été traitée à la télévision (même au cinéma d’ailleurs), Alan Ball procède à une étude minutieuse du métier. Ainsi la série tout le long de son existence, va décrire avec minutie tous les aspects de la profession : préparatifs, embaumement, cérémonies, enterrements, incinération… Un souci du détail et une approche très naturaliste unanimement salués par la profession pour son réalisme. La série prenant un aspect clinique quand il s’agit de montrer les cadavres et leur réparation, lorsqu’elle est nécessaire. C’est lors de ses (nombreuses) scènes, qui auraient pu donner une apparence glauque à l’ensemble de la série, mais bien au contraire Alan Ball et ses collaborateurs ont réussis à l’éviter grâce à son approche réaliste qui n’occulte jamais la violence et une approche toujours respectueuse envers les morts et ceux qui les préparent. Un mauvais goût évité donc, même lorsque ses séquences se permettent de jouer sur l’humour (l’épisode du pied).

Bien que
Six Feet Under soit « réaliste » cela ne l’empêche pas d’alterner, avec une aisance et une cohérence qui confine au génie, les tons et les genres. A l’image de toutes les morts qui ponctue chaque début d’épisode : un épisode, une mort. Des morts qui permettent à leurs scénaristes, d’imaginer toutes sortes de façon de mourir, de la plus tragique (le nouveau né victime de mort subite) à la plus ridicule (le type qui s’écrase avec sa propre voiture alors qu’il est au volant). Une totale liberté de tons qui permet de naviguer entre le drame, la comédie, la mélancolie, la nostalgie, le loufoque, la tragédie…et même le fantastique, avec les apparitions fantomatique de certains personnages (essentiellement l’acteur Richard Jenkins dans le rôle de Nathaniel Fisher), qui permettent de dévoiler les sentiments intérieurs de la famille Fisher mais aussi de les faire progresser, de les pousser à agir. Une multitude de tons qui s’imposait, vu les nombreuses thématiques de la série. La mort bien sûr mais aussi la vie…et tout ce qu’il y a au milieu.
Six Feet Under, c’est tout ça à la fois et bien plus encore. A travers la vie de cette famille américaine typique, Alan Ball nous fait réfléchir sur notre propre existence, notre mortalité mais aussi sur le monde dans lequel nous vivons, un monde fait de doutes, de peurs, de peines mais aussi de joie, de bonheur et d’êtres qui nous sont chers… L’auteur évoque aussi bien les questions existentielles propres à chacun d’entre nous (le sens de la vie, le bonheur, la famille, les amis, la religion, le sexe…) que les sujets d’actualités et autres tabous (la guerre en Irak, l’homosexualité, l’adoption, l’avortement…). Une richesse thématique incroyable qui ne cède jamais à la facilité et permet à la série de se renouveler sans cesse. Le tout associé à une écriture admirable, des dialogues croustillants, un visuel de toute beauté (on a plus l’impression de regarder un film qu’une série) et des personnages tous plus attachants les uns que les autres. Une quantité de personnages qui nous semblent terriblement proches et familiers, qui ont des qualités mais aussi des défauts, des faiblesses, des personnes qui cachent leur vraie nature aux yeux de leurs proches, prennent des mauvaises décisions au cours de leur vie, qui sont en quête d’un bonheur idyllique et illusoire…des êtres humains quoi. Nate, David, Ruth, Claire, Keith, Brenda, Billy… c’est moi, c’est vous, c’est tous les autres. Rarement on aura poussé aussi loin l’empathie qu’envers ces « héros » ordinaires, interprétés par des comédiens formidables et étonnamment naturels dans leurs rôles respectifs (des rôles qui risquent de leurs coller à la peau pendant très longtemps).

Mais l’un des grands mérites de la série aura été d’avoir su s’arrêter à temps et ce malgré son succès perpétuel. Un arrêt au bout de cinq ans qui aura permis à la série de conserver une qualité constante et de ne jamais connaître de baisses de régime que malheureusement trop de séries connaissent à trop vouloir surfer sur le succès. Cinq années auront été nécessaires pour qu’Alan Ball et ses collaborateurs puissent raconter tout ce qu’ils avaient à dire et amener les personnages là où ils voulaient qu’ils aillent. Il ne restait plus qu’à conclure la série en apothéose. Et quelle fin ! On n’est pas près d’oublier les images de Claire filant sur la route (symbole du personnage se dirigeant vers son destin), entremêlées avec celles des fins de vie des personnages, sur fond de la sublime chanson
Breathe Me de Sia. Un dernier adieu à ces personnages qui nous ont émus, que l’on a aimé et qui d’une certaine manière ont fait partie de nos vies. Un fin bouleversante et incomparable qui fera fondre n’importe quel cœur de pierre (rien que d’y repenser j’en ai une petite larme), qu’on applaudit débout des deux mains tellement la conclusion est ébouriffante. Reste plus qu’à remercier Alan Ball et tous ceux qui ont contribués de près ou de loin ce monument de la télévision qu’est
Six Feet Under. Une série qui en ayant toujours su éviter les standards télévisuels, nous aura appris à mieux accepter la mort et ses conséquences pour mieux nous montrer la chose à laquelle nous devons attacher le plus d’importance…l’instant présent. Bravo !
Pour faire court : La meilleure série T.V de tout les temps ! Que dire d’autre ?
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